Égalité femmes-hommes des paroles mais pas d’actions.

INTERVENTION DE Véronique DURAND SUR LE RAPPORT DE SITUATION 2018 EGALITE FEMME-HOMME

 Comme en 2017, vous avez satisfait à l’obligation légale et nous prenons acte de votre rapport quantitatif, c’est le minimum obligatoire qui vous est demandé. Mais ce rapport manque de souffle, nous en attendions beaucoup plus alors nous profitons de ce débat pour poser un problème bien plus important.

Partie 1 : Principaux indicateurs du territoire égalité femmes / hommes. Reprenons quelques constats, vous écrivez pour Saint-Médard En Jalles :

  • La monoparentalité facteur de vulnérabilité sociale et économique
  • Les femmes moins diplômées que les hommes
  • Les femmes plus souvent à temps partiel et en contrat précaire
  • Les femmes globalement moins payées que les hommes
  • Les femmes à la recherche d’un emploi toujours plus nombreuses que les hommes et cela semble se détériorer entre 2016 et 2017.

Bien, une fois que c’est dit, que proposez-vous concrètement pour y remédier ? En mars 2017, je vous avais bien écouté, vous nous répondiez : stratégie / Communications / Evènementiels / Conférences / Bing Bang / Immobilier / Renaissance centre ville / coworking / Commerces / Pépinières … En martelant à plusieurs reprises « là aussi c’est de l’emploi ».

Mais vous n’avez pas encore compris de quoi on parle. Dans ce rapport, nous débattons sur des questions d’égalité et nous nous intéressons aux femmes et aux hommes qui ne sont plus en capacité de se saisir des ressources du territoire. Nous nous intéressons aux femmes et aux hommes qui n’ont pas la chance d’arriver à la case emploi parce qu’elles/ils sont en situation de vulnérabilité.

Nous ne nions pas qu’il y ait de l’emploi et des actions faites en ce sens sur la commune mais pas pour tous et toutes. Et vous n’en n’êtes pas les seuls artisans, loin de là. Quand une entreprise recrute, elle se base en priorité sur des compétences et du savoir être. Tous les candidats ne seront pas retenus et ceux qui le sont ne demeurent pas forcément sur la commune où est implantée l’entreprise ou la collectivité. Alors qu’advient-il de celles et ceux de Saint-Médard En Jalles qui n’arrivent pas à la « case emploi », malgré tous les acteurs et évènementiels économiques dont vous vous vantez ? Qu’advient-il pour toutes ces personnes qui n’ont pas été accompagnées dans leur projet professionnel parce que la commune n’avait rien d’autre à leur proposer ?

La précarité a des répercussions négatives et durables sur les trajectoires professionnelles, surtout pour les moins diplômés et encore plus pour les femmes.  Quand la précarité s’installe, c’est la confiance en soi, l’estime de soi qui sont profondément ébranlées. Cet état conduit les femmes vers l’exclusion, l’isolement social et la sortie du marché du travail avec de fortes répercussions au moment de la retraite et cela va forcément s’aggraver avec les nouvelles mesures gouvernementales.

Pour lutter contre leur exclusion, l’expérience démontre qu’il faut mettre en place des démarches progressives et appréhender les situations de manière globale et tenir compte de l’ensemble des difficultés : finances, logement, emploi, santé, souffrance morale. Un accompagnement de longue durée de ces femmes, devient alors indispensable.

Renforcer les mesures d’accompagnement vers et dans l’emploi, c’est renforcer le pouvoir d’agir des femmes sur elles-mêmes, c’est les aider à lutter contre les discriminations et dépasser les situations d’embauche qui les déstabilisent. Même Pôle Emploi oriente régulièrement vers des structures de remobilisation avant de proposer un emploi.

Ces femmes ne demandent pas l’aumône. Pour lutter contre la précarité, que leur proposez-vous réellement pour leur permettre de construire de véritables parcours professionnels ?

Jusqu’en 2014, avant votre arrivée, sur notre commune, de tels services existaient encore.

Malheureusement, après votre élection, vous avez « éradiqué » des structures qui ensemble avaient de réelles compétences pour accompagner les femmes dans leur remobilisation sociale et professionnelle (plus de 58 % de femmes) : le Plan Local pour l’insertion et l’Emploi (PLIE), le service emploi de la ville, une structure de médiation et de prévention.

Garder ces structures, c’eût été s’appuyer sur de réelles compétences d’accompagnement, sur des expériences de terrain, c’eût été permettre des mises en synergie avec d’autres partenaires sociaux. C’eût été agir en prévention et optimiser des réponses pertinentes en direction de femmes dans des situations extrêmement difficiles. Vous les avez laissez au bord de la route. Alors qu’une approche contributive plutôt que destructive aurait été beaucoup plus judicieuse.

Compte tenu de ce constat, il est urgent d’améliorer le sort et la condition des femmes sur la commune. La précarité n’est pas un projet de vie et le CCAS à lui seul ne résoudra pas tout.

Ce qui nous amène à dire que d’autres items importants manquent encore à votre rapport : la santé, les violences faites aux femmes et les discriminations sont aussi des facteurs de précarité.

La précarité a des répercussions sur la santé physique et psychologiques des femmes.

Les violences envers les femmes ne se limitent pas à la sphère privée, même si c’est dans l’espace conjugal qu’elles sont les plus fréquentes et affectent tous les milieux sociaux. Elles vont des pressions psychologiques au harcèlement moral et aux agressions physiques.

Concernant les discriminations, les difficultés de la réinsertion sont un des facteurs importants de la précarité des femmes. Les employeurs ne recrutent pas les hommes et les femmes de la même manière. Par exemple, certains, envisagent la maternité comme une charge pour l’entreprise et d’autres adoptent des comportements discriminatoires en matière de recrutements.

 Vous n’avez pas posé de réel diagnostic de territoire, vous ne pouvez donc pas définir quels projets seraient pertinents ou non et proposer un vrai plan d’action d’actions en matière d’égalité femmes-hommes. Ce qui nous amène à la 2ème partie de votre rapport.

Le recensement des actions et politiques publiques en vue de l’égalité femmes-hommes :

Vous n’avez toujours pas signé la charte Européenne pour l’égalité des femmes et des hommes. Lors du conseil municipal de mars 2017, nous vous avions déjà demandé solennellement, de vous engager dans cette charte. Mais si vous craigniez de signer un tel engagement, c’est que vous ne voulez pas travailler sur le fond de l’égalité femmes-hommes et sur les discriminations multiples. Pourtant, c’eût été un acte fort.

Heureusement, que la Caisse d’Allocation Familiale vous impose des axes égalité femmes/homme car, au-delà d’un énoncé généraliste, vous ne faites état d’aucunes actions particulières mises en place à votre initiative.

L’enfance et la parentalité : oui, l’espace parentalité réalise de belles actions en direction des familles car c’est une équipe professionnelle très compétente. Nous en sommes d’autant plus heureux, car c’est grâce à la précédente mandature que tous ces projets ont pu voir le jour et qu’ils perdurent aujourd’hui.

Les centres de loisirs associés à l’école (CLAE) : vous développez la mixité au sein des équipes, et vous proposez des formations aux animateurs, très bien. Mais qu’est-il réellement proposé ensuite comme actions concrètes dans l’animation en direction des enfants ? Cela aurait mérité d’être présenté dans ce rapport.

La jeunesse / La médiation sociale : nous restons encore sur notre faim. Le texte est très succinct. Pourtant cette thématique mériterait grandement d’être plus développée… Peut-être n’avez-vous pas d’actions concrètes à présenter.

Le sport : cette thématique mériterait aussi d’être largement plus explicitée avec des exemples d’actions concrètes proposées ou suscitées par la commune.

La vie locale : c’est dommage là aussi de ne pas avoir développé cette thématique. 5 femmes sur 6 habitants ont été distinguées … mais encore ….l’égalité femme / homme ne devrait pas se résumer uniquement à 2 phrases.

Concernant les indicateurs égalité femmes/hommes au sein de la municipalité, comme en 2017, certaines thématiques sont encore absentes :

 La prévention, santé et bien-être au travail : les femmes développent près de 2 fois plus de troubles musculo-squelettiques que les hommes. Leurs tâches dans certains métiers (ex agents d’entretien, puéricultrices…), sont tout autant pénibles. Vous ne l’abordez toujours pas.

Pour terminer, concernant votre politique en direction de l’ensemble des agents municipaux, nous regrettons que vous ne fassiez apparaitre aucunes perspectives d’action, de transversalité et d’évolution pour 2018,  en termes d’égalité femmes/hommes.

Cela aurait mérité d’être un axe fort de développement de la politique des ressources humaines de la ville et d’être un exemple sur le territoire, en affichant une volonté de faire bouger les lignes dans les métiers dits féminins et dits masculins de la collectivité.

Vous ne recensez pas clairement les politiques publiques menées par la collectivité sur son territoire (conception, mise en œuvre et évaluation) et vous ne fixez pas d’orientations à moyen et long terme pour corriger les inégalités.

Alors que la loi du 21 février 2014 fait de l’égalité femmes-hommes une priorité transversale de la politique de la ville.

Vous auriez dû proposer que cette thématique soit une mission à part entière pour la commune. Votre budget ne traduit pas des choix financiers qu’il eut été pertinent d’analyser sous l’angle de l’égalité femmes/hommes.

Nous ne remettons pas en cause le travail des services qui dépendent de vos choix politiques. Mais en termes d’égalité votre politique manque d’ambition.

Ce rapport, c’est un constat, des paroles mais pas d’actions clairement annoncées.